PREHISTOIRE. -- « Lascaux, le ciel des premiers hommes », ce soir sur Arte, nous éclaire sur la vraie révolution qu'a constituée l'observation céleste chez nos ancêtres
Cro-Magnon astronome
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L'homme. Observateur-né du monde, il ne pouvait qu'être fasciné par cette
configuration de la voûte étoilée, source de vie, qu'il chercha toujours à reproduire symboliquement
PHOTO ARTE
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Des milliers d'années avant que les Gaulois craignent la chute du ciel sur leurs têtes, nos ancêtres des cavernes étaient de fins
connaisseurs du mouvement des corps célestes. Pour cause, d'une part, de liens existentiels avec les cycles de la nature et, d'autre part, de vie spirituelle, même si la Terre et le Ciel
n'avaient pas encore consommé leur divorce.
Ce constat sous-tend « Lascaux, le ciel des premiers hommes » (1), tourné en juin 2006 dans la vallée de la Vézère en partenariat avec le Conseil général de la
Dordogne, autour du travail pertinent de Chantal Jèques-Wolkiewiez.
Cette paléo-astronome est une habituée du Périgord, notamment de Commarque, quoique sa thèse de doctorat, en 1997, ait porté sur le ciel de l'âge du bronze dans
la vallée des Merveilles. Elle-même habite Nice.
Configuration du ciel. Mme Jèques-Wolkiewiez prend d'abord soin de souligner que ce ciel néolithique de l'âge
du bronze présentait, il y a 5 ou 6 000 ans, une configuration bien différente que celui du paléolithique d'il y a plus de 12 000 ans.
Le plat de résistance de son patient travail, c'est l'observation de 135 grottes de France, spécialement de Dordogne. Elle y eut la révélation statistique, par
calcul des azimuts, que dans leur écrasante majorité ces cavités ornées présentent une entrée orientée en fonction des solstices et des équinoxes.
Pénétration du Soleil. Dans les romans initiatiques, un « gnomon » de cuivre offre un cheminement royal aux
rayons du soleil vers le choeur de l'église Saint-Sulpice à Paris. De même, Cro-Magnon a tout fait pour que l'astre du jour inonde de lumière ses sanctuaires. Entre autres exemples, les
entrées de Rouffignac, Bara-Bahau (Le Bugue) et de La Mouthe (Les Eyzies) sont illuminées au lever du soleil d'hiver. Aux Eyzies-de-Tayac, celles de Font-de-Gaume, Bernifal et Commarque le
sont au coucher du Soleil d'été.
Taureaux de Lascaux. Mais le réalisateur de cet original film d'Arte, Stéphane Bégoin, se réfère
magistralement à Lascaux. Il faut dire que les artistes et/ou chamans magdaléniens avaient soigneusement remarqué que la lumière du Soleil pénétrait jusqu'au fond du diverticule axial de la
salle des Taureaux. Et ils avaient fait en sorte que ses rayons frappent le Bison rouge et mettent en valeur l'ensemble de la plus folle des farandoles d'animaux de la
préhistoire.
La science, la magie, l'art et le rituel dans leurs rapports les plus intimes font danser à Chantal un beau quadrille avec Stéphane Bégoin et les journalistes
scientifiques Pedro Lima et Vincent Tardieu, qui cosignent ce film. Document également enrichi des précieuses contributions des préhistoriens de haut vol Jean Clottes et Jean-Michel
Geneste.
Un thème majeur en filigrane, dans ce 55 minutes audacieux et pas forcément encensé par tous les préhistoriens patentés, c'est l'intuition que les modes de vie,
de pensée et de création étaient moins cloisonnés au solutréen qu'aujourd'hui. Il faudrait parler d'appréhension « participationniste » du monde, telle que les ethnologues peuvent encore en
donner la clef chez quelques rares peuples rescapés des mirages de la modernité : Indiens, Bushmen, Inuits...
Calendriers. Une pièce maîtresse est l'extraordinaire calendrier lunaire gravé sur os de renne découvert en
1911 à l'abri Blanchard, chez Castanet, à Sergeac (Dordogne encore). Cet instrument unique de calcul du temps, ou au moins des mouvements de la Lune sur l'horizon, connut une gloire récente
outre-Manche, lors d'une exposition à Greenwich.
Chantal Jègues-Wolkiewiez est passionnée par l'universalité de cette inspiration cosmique dans les arts anciens (le film revient sur plus de 30 000 ans
d'expression humaine). Ce film fait en réalité ressortir que nos ancêtres « paléo » vivaient un autre rapport à la nature et à l'univers que nous. Observateurs-nés du monde animal
nourricier qui les entourait, témoins apeurés ou glorieux des colères ou des bienfaits supposés des cieux, ils ne pouvaient qu'être fascinés par cette configuration de la voûte étoilée,
source de vie, qu'ils cherchèrent toujours à reproduire symboliquement.
Si Cro-Magnon a développé son esprit à travers des logiques concrètes (ainsi la chasse et son organisation spatio-temporelle), il n'est pas exagéré de penser que
c'est l'observation initialement très pragmatique des étoiles qui lui fit découvrir le chemin du ciel.
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