CINEMA. --Nouvel avatar du roman d'Eugène Le Roy, le film de Laurent Boutonnat « Jacquou le Croquant » est projeté en avant-première ce soir en Dordogne
Jacquou de retour sur ses terres
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:Christine Heim
Chistine Heim
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Jacquou le Croquant est de retour, sur grand écran cette fois. Il y a près de quarante ans, ce Gavroche périgourdin avait déjà abondamment fait pleurer dans les chaumières françaises, au fil des épisodes du feuilleton à succès de Stellio Lorenzi. Projeté ce soir en Dordogne avant sa sortie nationale le 17 janvier, le film de Laurent Boutonnat exhume pour la seconde fois ce personnage né en 1900 sous la plume d'Eugène Le Roy. Le film connaîtra-t-il le même succès que le roman et le feuilleton ? D'un siècle à l'autre, Jacquou, le paysan rebelle, reste, en tout cas, indissociable du Périgord; plusieurs scènes du film ont été tournées en Dordogne, qui espère des retombées économiques.
1. Un symbole du Périgord L'histoire de Jacquou se réfère aux révoltes paysannes des Croquants menées du XVIe au XVIIIe siècle, mais Eugène Le Roy la situe à l'époque de la Restauration. Jacquou, qui a juré de se venger du comte de Nansac, responsable de la mort de ses parents, devient le symbole de la lutte des petits paysans contre l'injustice des tout-puissants. Ce héros a pris une telle place dans le patrimoine local que certains Périgourdins ont eu du mal à admettre qu'il n'avait d'autre existence que fictive. Porteur de valeurs sociales universelles, il incarne aussi l'éloge de la ruralité, de la langue occitane, et aurait même inspiré la résistance en Dordogne. Aujourd'hui encore, il arrive que des manifestants se déguisent en Croquants lorsqu'il s'agit de défendre le milieu rural.
2. Tournage en Dordogne La majeure partie du film, notamment les scènes de forêt, ont été tournées en Roumanie pour des raisons budgétaires. Mais l'histoire de Jacquou est tellement ancrée dans le terroir périgourdin qu'il était difficile pour l'équipe du film de faire totalement l'économie d'un tournage en Dordogne. En août 2005, pendant quatre semaines, des scènes ont été filmées à Sarlat, Périgueux, Terrasson, Saint-Geniès, Besse, Beynac et au château de Biron. Ces choix n'obéissent pas aveuglément à la géographie du roman, puisque des lieux essentiels comme le village de Fanlac ou la forêt Barade n'ont pas été filmés. Mais les spectateurs périgourdins reconnaîtront leurs paysages et monuments, parfois retravaillés au numérique pour des impératifs de réalisme historique.
3. Des retombées économiques ? La Dordogne bénéficiera-t-elle d'un effet Jacquou comme le Gers après la sortie du « Bonheur est dans le pré » ? Le Conseil général, qui a tout de même investi 100 000 euros dans le film, espère en gagner bien davantage via les débouchés éventuels pour l'artisanat, l'hôtellerie et le commerce en général. D'ores et déjà, le tournage a permis à 55 techniciens et 500 figurants de participer à l'aventure. Et 3,5 millions d'euros auraient été dépensés en Dordogne par la production pendant le tournage. Enfin, peut-être « Jacquou » sera-t-il un outil de promotion efficace du département dans les salons de tourisme.
4. Avant-premières locales Quoi de plus normal ? C'est la Dordogne qui bénéficie ce soir de la projection en avant-première du film. Il sera projeté dans les onze salles du réseau Cinéma Passion en Périgord. Ce dernier, qui promeut le cinéma en milieu rural, a activement participé au tournage de « Jacquou » en Dordogne. Parmi ces onze projections, celle de Montignac se fera en présence du réalisateur Laurent Boutonnat et des acteurs Gaspard Ulliel et Jocelyn Quivrin, qui incarnent respectivement Jacquou et le comte de Nansac.
Le feuilleton de 1969 avait été un immense succès
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: Bruno Béziat
Bruno Béziat
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Eric Damain. Un Jacquou enfant qui fit fondre les téléspectateurs. En médaillon, Stellio Lorenzi PHOTOS DR
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Ce roman aurait pu rester dans l'oubli. Eugène Le Roy doit à un sénateur, Alcide Dussolier, d'être connu. C'est lui qui fit éditer « Jacquou le Croquant » en 1900. Ce premier coup de pouce du destin pour cette fresque sociale d'un auteur régionaliste confidentiel a été suivi d'un deuxième bien plus tard. En 1969, la France est rivée devant le petit écran pour suivre un feuilleton en noir et blanc réalisé par Stellio Lorenzi. L'histoire d'un petit garçon périgourdin luttant contre l'oppression et la misère tient en haleine pendant six semaines les téléspectateurs. Il est vrai qu'avec une seule chaîne, il était à l'époque difficile de zapper sur autre chose. Le feuilleton est même projeté une nouvelle fois en 1982, dans une version colorisée, puis en 1990.
Engouement national. Mais en 1969, la première diffusion avait tourné à l'événement national. Augmentation des ventes de téléviseurs, ruée des touristes sur les lieux du tournage dans le Périgord noir, et même utilisation du nom de Jacquou dans les manifestations paysannes. Stellio Lorenzi a été pour beaucoup dans cet engouement, notamment grâce à la qualité de sa mise en scène. Il venait alors de réaliser « Les Cathares », une autre série à succès. Mais ce « Jacquou » télévisé mettait aussi en lumière une crise d'identité du monde paysan, alors que l'exode rural s'accélérait. Réalisateur engagé, Stellio Lorenzi avait mis l'accent sur le message social d'Eugène Le Roy, alors que la nouvelle version du « Croquant » semble davantage s'attacher au drame et à l'aventure qu'à la lutte des classes laborieuses contre l'oppresseur.
Extraits de Sud Ouest du 8/01/2007
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